n°141
"Okoo 141"

collier en ficelle de lin crochetée en seul 1 fil ininterrompu
[août 2016]
"Okoo 141"

collier en ficelle de lin crochetée en seul 1 fil ininterrompu
[août 2016]
c'est par hasard que ces 3 vases si différents se sont retrouvés ensemble sur la table basse du salon
1 en pâte à papier et 1 en caoutchouc (les 2 chez Merci) dans 1 en céramique signé Boas (1893-1967)
et je trouve qu'ils discutent bien pendant que je commence le n°142 avec un vieil achat resté sans suite
un peu de chanvre en 2 pelotes rugueuses de chez Hema, au fil irrégulier et sec, abrasif, désagréable
Le salon en ce moment avec son mur sculptural : ça y est j'ai envahi l'espace familial !
Je ne sais plus où entreposer mes choses. C'est un vrai problème.
J'en accroche partout, c'est n'importe quoi.
Je me suis prise de passion pour les serpillières espagnoles de chez Leroy-Merlin !
J'en fais des housses pour tous les coussins qui me passent sous les yeux.
On jurerait un tissu traditionnel grec, tissé par les artisans des Cyclades, non ?
Les enfants ont honte, ils prétendent que ça fait clodo.
Je suis donc arrivée avec le n°139 au bout de mes provisions de petite ficelle. Mais il me restait deux bobineaux de grosse ficelle achetés comme ça, et auxquels j'ai eu envie de faire un sort.
Le n°140 est donc crocheté avec une grosse ficelle de lin que je m'escrime à travailler alors que je n'ai pas l'habitude de ce calibre et de sa résistance.
Un résultat moyen donc, et des crampes aux poignets.
L'exposition approchant, j'ai reçu de la com et on m'a demandée un texte bio + travail + pièce présentée. Je l'ai rédigé à la 3e personne, ce qui m'a aidé, je crois, à mettre mes pensées au clair :
Née en 1961 à Valence, Agnès Sébyleau fait des études littéraires sans cesser de s‘intéresser à l’art, son histoire, son actualité.
Devenue directrice artistique dans une agence d’édition publicitaire, Agnès réalise chez elle des assemblages en bois auxquels elle joint un jour une résille de ficelle crochetée. Pour ajouter la souplesse d’une peau sur l’ossature de bois.
Mais c’est à l’occasion de ses maternités qu’elle entreprend réellement son parcours artistique. Ne conservant de sa pratique, par commodité, que le silencieux, discret et propre crochet. Elle a interrompu son travail pour profiter de ses bébés et auprès d’eux, elle fait du temps passé au square, dans les métro et TGV, la matière première de ses créations.
Son point est basique, elle ne sait pas vraiment crocheter. Mais il lui suffit pour donner corps à ses désirs. L’idée du minimal l’enchante : 1 crochet + 1 pelote + 1 point. Elle travaille avec fébrilité. Chaque pièce lui soufflant les idées qu’elle a hâte d’explorer dans la suivante.
Elle crochète de la ficelle de lin trouvée dans les grandes enseignes de bricolage. Elle y ajoute parfois de la blanche ou de la rouge, qu’elle trouve chez un fournisseur de restaurants, c’est de la ficelle alimentaire. La mercerie n’est pas son monde, elle ne connait rien à l’art textile.
Mue par son plaisir mais guidée par une certaine ambition, elle développe depuis 2009 un travail foisonnant, et participe à une vingtaine d’expositions.
Cependant, en 2015, elle craint d’être captive de son univers, de sentir une lassitude. Elle décide une mise à mort symbolique. Qui prendra la forme de la pièce présentée à La Celle Saint-Cloud :
"Ceux-ci aiment encore".
127e sculpture en fil de lin crocheté. Ensemble présenté épars façon asaroton. 26 petites pièces bicolores réalisées été 2015, comme les lettres d’un alphabet pour écrire le récit de son itinéraire. Et y mettre fin et les jetant au sol comme autant de morceaux de corps sur une scène de crime. Laissés par un meurtrier négligeant. Ou provocateur.
A moins qu’il ne s’agisse des restes d’un festin (cannibale ?), de morceaux tombés, détritus témoins de ce que fut la ripaille.
Asaroton : sol non balayé et jonché des déchets d'un banquet, de détritus domestiques. Motif de mosaïques grecques ou romaines, l'asaroton vante la richesse de la maison, son opulence. Or, le tragique sous-tendu dans la représentation du reste en fait un genre apparenté aux vanités.
Soulagée, et libre d’entreprendre un nouveau parcours, Agnès Sébyleau accepte d’introduire dans son travail du rembourrage. Les pièces élaborées alors évoluent immédiatement vers un autre horizon. Que nous verrons en novembre à Viroflay où sera présentée pour la 1ère fois «La Ligne».