Organe n°31
Cohabitation

En passant devant l'arc de triomphe du Carrousel du Louvre,
des va-et-vient attirent mon attention sur une rosace sculptée de la voute :
des hirondelles y ont collé leur nids grumeleux et viennent nourrir leurs petits
qui entre deux becquées passent la tête pour observer le défilé des touristes.
D'un nid très négligé surgit un moineau :
il a repris un nid sans doute disponible qu'il a bourré à sa façon.
Spartacus et Abakan
Mark Brown
Pendant le Festival du Lin et de l'Aiguille, j'ai découvert un travail singulier qui m'a scotchée :
Les micro-tissages de Mark Brown, un paysagiste de renom.
"Mark Brown est un paysagiste anglais qui vit et travaille en Normandie. Il crée des jardins sauvages
et spontanés, sans entretien excessif,
sans bêchage et sans arrachage automnal,
dont le charme évolue au fil
des saisons."
Sa "mêlée" est de ces tableaux dont je sais que je ne pourrais jamais me lasser :
Il doit faire environ 15 cm
"Beaucoup d‘entre nous ont connu ces petites étiquettes nominatives brodées
que les mamans cousaient sur les cols de nos vêtements.
Ces petits rectangles de tissu, qui fascinaient Mark Brown,
sont à l’origine d’une œuvre textile singulière qui repose sur un malentendu :
les étiquettes étaient brodées et non tissées somme le laisse entendre
leur désignation anglaise : woven name tapes (to weave = tisser).
Pour reproduire ce format minuscule, l’enfant conçut donc un métier à tisser
à partir d’une boîte d’allumettes, et se mit au travail.
Les pièces présentées au festival sont un assemblage de petites bandes
tissées au format originel, véritable matrice d’une œuvre étonnante
où la patience est mise au service de l’inspiration."
Mark Brown a une importante collection de perce-neiges, celui-ci est passé du jardin au tissage.
En ce moment, Mark Brown travaille la viande.
Ses rouges, ses brillances, ses gras, ses entrelacs.
Un univers* exploré en leur temps par Chardin, Soutine ou bacon. Aujourd'hui par Rochetti.
Le métier à tisser de Mark Brown, c'est cette petite boite bricolée.
Il y glisse des bandes de la photo qu'il a choisie et découpée pour la tisser
puis reconstitue l'image en cousant les bandes de tissage entre elles.
Technique qui crée un léger décalage, à la façon de certains plasticiens
qui juxtaposent des polaroids pour reconstituer une image en jouant de ces mouvements.
Les sujets abordés, le choix de photos pas chics genre catalogue,
les cadrages non conformistes, la volonté de ne pas forcément achever
le tour d'un tableau, et la richesse chromatique de ses compositions :
tout témoigne dans son travail d'une belle intelligence de la chose esthétique.
Le lendemain, Mark Brown est venu voir mon exposition
et j'ai eu le bonheur de constater qu'il l'appréciait.
Nous avons manipulé ensemble "Loup qui dort", simplement, en comprenant.
Une Rencontre.
* et on se souvient au passage qu'on appelle carpaccio les préparations de viande crue
en rappel des rouges particulièrement frappants du peintre Vittore Carpaccio
Par la voiture : Paris
Ze debriefing
Photo souvenir de mon accrochage jeudi dernier.
Photo souvenir d'un jeune visiteur très décontracté.
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"Alliance & Culture", qui coordonne le Festival du Lin et de l'Aiguille,
avait chargé la plasticienne Agnès Sébyleau (moi, donc) de l'exposition d'art contemporain
à la chapelle Saint Julien de Flainville, dans la commune du Bourg Dun en Seine Maritime.
Presque 1000 visiteurs sont venus voir mon travail.
Beaucoup de visiteuses en réalité, entre deux âges, habituées du festival
et pratiquantes des travaux d'aiguilles dans un registre très conventionnel
La confrontation entre ce monde du bel ouvrage de dames avec celui de l'art contemporain
avec ce qu'il peut avoir de dérangeant a été matière à interrogations,
étonnements, grimaces, rigolades, incompréhension, mais aussi dialogue.
"C'est original !" a été ce que j'ai entendu le plus souvent
"Merci, vous m'avez fait du bien" a été ce que j'ai entendu de plus touchant
"C'est un chapeau ?" a été ce que j'ai entendu de plus désespérant (plusieurs fois).
Le dernier jour j'ai enlevé rageusement les cartons explicatifs que j'avais pourtant ciselés avec soin
tant j'étais fatiguée de voir des gens lire plus que regarder
et surtout me poser des colles sur le pourquoi tel nom et c'est quoi et pourquoi.

































